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Travailleur du mois1

Directrice exécutive de l’Association pour la Promotion de la Santé de la femme, de la mère, de l’enfant et de la famille (APROSAM) en Côte d’Ivoire, Mme Koffi Brou Odette est une femme de conviction. Elle se bat pour le bien être des populations. Partie d’une maternité à San Pedro dans le Bas Sassandra, sa structure a évolué et mis en place cette ONG qui est

devenue incontournable dans la Région. Elle a diversifié ses activités et nous partage son expérience, 10 ans après la mise sur pied de cette structure...Sage-femme de profession, j’ai été frappée par les problèmes rencontrés par les femmes du fait de l’insuffisance de structures de soin à San Pedro. En effet, le CHR de San Pedro et la PMI étaient les seules structures d’accueil, elles enregistraient respectivement plus de 5.000 accouchements/an pour le CHR et plus de 14.000 consultations/an pour la PMI.

 

Face à une telle situation, j’ai initié la création de la maternité du Bardot avec mes collègues sages-femmes. Cette action se situe dans le cadre du Projet de Développement des Communes Côtières (PDCC) avec l’appui financier de l’Union Européenne (7ème FED) en collaboration avec le Ministère de la Santé et la Mairie de San Pedro.

Notre projet se présentait en deux volets, un volet médical de prestation de soins avec les sages-femmes, et un volet communautaire avec les représentantes des femmes des sous quartiers de Bardot. Dès le départ, nous avons mis l’accent sur le volet communautaire, qui répondait aux soucis des sages femmes d’impliquer la communauté dans la gestion de cette maternité pour sa pérennisation.

En effet, j’avais suivi des cours de santé publique au Centre International de l’Enfance à Paris (organisation et planification des projets communautaires intégrés) et les formateurs nous ont bien fait comprendre qu’un projet qui ne met pas au cœur la communauté, est voué d’avance à l’échec.

Ainsi, au-delà de la maternité, les activités s’étendaient dans la communauté. Le quartier Bardot était divisé en 24 secteurs visité chacun par 2 déléguées communautaires qui faisaient la sensibilisation sur la santé de la reproduction, le paludisme, et les IST -VIH/sida. Voilà comment est née APROSAM.

Notre cible

Au départ, c’était la mère et l’enfant. Ensuite, avec certains projets, nous avons progressivement ajouté les femmes, les maris, les jeunes et d’autres cibles hautement vulnérables telles que les professionnelles du sexe, les hommes en uniformes à travers leurs femmes, les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes.

Nos principales activités communautaires

Les femmes de l’APROSAM sont des volontaires communautaires qui sensibilisent sur la santé de la reproduction, le paludisme et les IST - VIH /sida dans les quartiers et les villages environnants. Au niveau de la santé de la reproduction, nous faisons la sensibilisation pour amener les femmes enceintes à fréquenter le Centre Espérance et accoucher en présence d’un personnel qualifié. Nous faisons la sensibilisation sur le planning familial, mais également sur le suivi des enfants en ce qui concerne la vaccination et l’alimentation. Nous avons également des activités de promotion de la santé envers les femmes en âge de procréer, les jeunes, les hommes sur l’hygiène individuelle et collective, nous incitons la population à fréquenter le Centre Espérance de l’ONG APROSAM. Nous offrons des services de soins et des analyses biologiques.

Au niveau du Paludisme, nous nous sommes impliqués en 2000 avec le Programme National de lutte contre le paludisme (PNLP), avec Dr Niangué Joseph qui était alors le Directeur Coordonnateur. Nous distribuons des moustiquaires imprégnées aux femmes enceintes. Nous avons pu former 40 autres ONG avec le PNLP sur la prise en charge du paludisme simple chez les enfants de 0 à 5 ans à domicile.

Avec le financement des projets sur le VIH, nous menons des activités de Prévention de la transmission de la mère à l’enfant, de prise en charge des OEV, des activités de communication pour le changement de comportement liés au VIH/sida à l’endroit des professionnels du sexe, des hommes en uniformes (corps habillés), des hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes, des populations rurales. Entre autres, nous faisons la démonstration du port correct du préservatif, la distribution de préservatifs (masculins et féminins), de gels lubrifiants, la prise en charge globale (médicale et psychosociale) des séropositifs…

La collaboration avec les autres structures

Il existe une représentation du Conseil des Organisations de Lutte contre le Sida en Côte d’Ivoire (COSCI) dans la Région du Bas Sassandra et nous travaillons en parfaite collaboration avec les ONG. APROSAM faisant la prise en charge globale des PVVIH, elle reçoit les personnes référées par les autres ONG. Nous avons suscité la création d’associations de PVVIH : Club Espoir de la région du Bas Sassandra (CERBAS) qui réunit les femmes séropositives et Frères unis du Bas Sassandra (FURBAS) qui réunit les hommes dépistés séropositifs. Nous les avons mis en associations pour qu’ils puissent se prendre en charge ainsi que leurs familles. Ils bénéficient d’une subvention et d’un encadrement depuis 3 ans pour la mise en œuvre de leurs activités génératrices de revenus, telles que les fermes avicoles. Ils utilisent ces fonds pour les visites à domicile et la prise en charge des OEV. Pour nous, le continuum de soins est ainsi assuré.

Les sources de financement

Nos bailleurs internationaux sont principalement le PEPFAR, le Fonds Mondial, l’UNICEF, l’UNFPA, l’Union Européenne, de la Banque Mondiale (PUMLS) et la Fondation Mondiale du Cacao basée aux USA ; sans oublier les subventions du Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique et de la mairie de San Pedro. Cependant, quand il n’y a pas de financement, nous utilisons nos fonds propres. En effet, nous avons créé une « caisse de solidarité » dans laquelle la maternité nous verse 5% des recettes perçues par mois. Nous avons acquis un appareil échographique qui y contribue également.

Le profil du personnel

Notre activité est essentiellement basée sur le bénévolat. Nous avons 68 bénévoles dont 48 à San Pedro et 20 dans les villages environnants. Nous avons une trentaine de salariés composés de médecins, infirmiers, sage femmes, techniciens de laboratoire, aide soignant, gestionnaire de pharmacie, comptable. Lorsque nous avons un projet, nous signons un contrat en bonne et due forme pour les salariés. Mais lorsque le projet s’achève, les agents continuent les activités de façon bénévole.

Je prends pour exemple le financement du Fonds Mondial pour le VIH et le projet PAPO-HV. Ces projets ne sont plus financés mais le personnel continue de mener les activités sur le terrain et au Centre Espérance. Il y a des régions comme Abengourou et Daloa où il n’y a pas de financement, mais les agents mènent des activités. Ils n’ont que les indemnités de transport.

Mes sentiments après 10 ans d’existence d’APROSAM

C’est un sentiment de satisfaction quand je vois toutes ces femmes qui peuvent être prises en charge aujourd’hui. En effet, l’histoire d’APROSAM se confond avec mon histoire personnelle. Avant que je ne sois sage-femme, j’ai perdu beaucoup d’enfants par ignorance. Aujourd’hui pour chaque vie sauvée, c’est un peu un enfant que je retrouve. Cependant, beaucoup reste à faire et notre ambition est de couvrir toutes les villes de Côte d’Ivoire, mais également d’avoir des prestations de qualité.

Le secret de ma réussite

Il est basé essentiellement sur l’engagement sans calculs et sur le respect de la dignité de la personne humaine. Pendant 10 ans, nous avons mené nos activités avec les moyens de bord de façon bénévole. Mais il y a aussi la disponibilité du personnel qui m’entoure, sans oublier la confiance que nos partenaires placent en nous Pour moi, il faut toujours se battre quelque soient les embûches ou les difficultés rencontrées sur le terrain, pour atteindre ses objectifs.

Ma vie de famille

C’est vrai que les activités d’APROSAM me prennent beaucoup de temps, mais je trouve toujours du temps pour me consacrer à mon époux et à mes enfants.

Conseils aux ONG

Aujourd’hui, le conseil que je peux donner aux ONG qui veulent devenir comme APROSAM est qu’il ne faut pas créer une ONG parce qu’il y a beaucoup de financement comme on le croit aujourd’hui. Il faut croire en ce qu’on fait et bien le faire. Il faut pouvoir fonctionner sur fonds propres, avant de tendre la main aux bailleurs. Pour être une ONG de référence, il y a des exigences administratives et légales auxquelles il faut se plier. Je saisis l’occasion que vous me donnez pour d’abord remercier nos partenaires et nos bailleurs et leur signifier que nous ne baissons pas les bras. Ils doivent nous soutenir et nous accompagner dans toutes nos actions.