Mme Koné Koufimba
Mme Koné est professeur de Sciences de la Vie et de la Terre au collège moderne d’Abengourou depuis environ 20 ans. Elle est mère de deux enfants (un garçon et une fille, tous deux à l’Université à Abidjan). Elle est l’une des pionnières de la lutte contre le VIH/sida dans le Sud Comoé, en particulier chez les jeunes filles déscolarisées et les femmes rurales dont elle a fait sa priorité.
Mes débuts
En 1996, dans le cadre du projet « Femmes face au sida » une série de formation dans la ville d’Abengourou avait été organisée. Comme j’encadrais les clubs santé, on m’a proposé d’y participer. A la fin de la formation, toutes les participantes m’ont désigné comme présidente du comité qui avait été mis en place pour la mise en œuvre de ce projet.
ainsi dans le cadre de la mise en œuvre de ce projet, nous avons travaillé avec Dr Toé, le médecin-chef du Centre Anti Tuberculeux d’Abengourou qui s’occupait également de la coordination des activités de VIH/sida dans le Moyen Comoé. Nous avons fait des séances de sensibilisation sur la coinfection tuberculose/VIH en zone urbaine et rurale.
A la fin ce projet, ayant senti la nécessité de poursuivre l’action auprès des populations, nous avons créé l’ONG « Regard Plus ».
Les activités de « Regard Plus »
En regard de l’expérience acquise au projet Santé Familiale et Prévention du Sida (SFPS), « Regard Plus » s’adresse aux jeunes filles de 10 à 24 ans scolarisées comme non scolarisées. Nous faisons la prévention du VIH/sida à travers des causerie-débat et de la sensibilisation. Nous mettons également l’accent sur l’autonomie financière des jeunes filles non scolarisées car ces filles sont soumies à toutes sortes de tentations de « vie facile ».
Nous avons commencé nos activités avec 25 jeunes filles par des séances d’alphabétisation, ensuite des formations en pâtisserie et en broderie pour qu’elles puissent être autonomes financièrement. Au cours de ces formations qualifiantes, nous leur donnons une base minimale pour tenir une petite comptabilité de leurs Activités génératrices de revenus.
Les ressources humaines
Nous travaillons de façon bénévole avec les jeunes filles et jeunes dames à travers les quartiers et les villages. Le personnel permanent de Regard Plus est composé de la secrétaire et de la coordinatrice des activités.
Nos financements
Lorsque nous débutions « Regard Plus », nous avons eu un premier financement de PSI, qui nous a permis d’installer quatre comités dans les quartiers et dans des villages pour des séances de sensibilisation.
Mais nous signalons que la plupart de nos activités sont financées par les structures membres de la Fédération des Mouvements Féminins de la Commune d’Abengourou (FEMFECA) et avec les cotisations. Nous sollicitons aussi l’aide de l’antenne régionale de grandes entreprises telles que la SODECI ou la CIE, pour nos activités auprès des jeunes filles.
Les activités de la FEMFECA
Nous ne pouvons parler de Regard Plus sans faire cas de la FEMFECA qui est la plate forme des différentes associations de femmes créée en 2007 et dont je suis la présidente. Nos activités sont axées sur la santé de la reproduction, l’éducation-formation, les activités génératrices de revenus.
Nous avons des caisses de solidarité et des prêts obtenus avec la Caisse de crédit et d’épargne (CREP). Avec ce fonds, les femmes vendent des jus, des vivriers, tiennent des magasins de produits cosmétiques.
Notre champ communautaire de vivriers et notre ferme avicole, mis en valeur par les femmes permettent de soutenir la fédération.
Pour ce qui concerne l’alphabétisation, nous avons constaté que nombre de femmes des associations ne savaient ni lire, ni écrire. Nous avons ainsi créé six centres d’alphabétisation dans six villages et deux centres en ville pour permettre aux femmes de savoir lire une facture même si elles sont des commerçantes ou des agricultrices.
Depuis 2009, à l’occasion de la célébration de la Journée Internationale de la femme à Abengourou, le Ministère de la femme de la Famille et des Affaires Sociales a pris contact avec la FEMFECA pour une formation avec les femmes de la commune et nous a conseillé de mettre en place une cellule « genre et VIH » au sein de la fédération. Les femmes ont été formées et nous avons ainsi créé ces cellules dans les différentes associations membres de la fédération. Aujourd’hui, il y a quatre villages qui ont des comités de lutte contre le VIH et deux autres qui ont des activités de lutte contre les Violences basées sur le genre.
A chaque réunion de la FEMFECA, nous faisons 15 mn de causerie-débat sur le VIH afin d’être au même niveau d’information. Le comité agricole de la fédération abat un travail énorme : les éducatrices de pairs vont dans les plantations et font des séances de sensibilisation à l’intention des femmes qui n’ont pas toujours l’occasion de suivre les formations car ce sont les présidentes des différentes associations avec deux membres du bureau qui viennent aux réunions chaque 1er mercredi du mois à 16H. Au cours de ces rencontres, nous avons les préoccupations des femmes recueillies par les membres du comité de suivi, de mobilisation et sensibilisation qui sont chargés d’aller à la base et mettre les femmes au même niveau d’information.
Les difficultés
C’est vrai que nous voulons notre autonomie, mais notre statut de femme est une entrave à nos demandes d’aide, à cause des mentalités africaines des femmes elles-mêmes ; car elles pensent qu’elles ne doivent pas se mettre au devant des choses. Notre défi est de leur faire surmonter ce manque de confiance qu’elles ont en elles-mêmes.
Nos déplacements dans les villages sont difficiles car les routes sont impraticables et nous voulons aller dans les villages les plus reculés pour toucher d’autres femmes. Nous n’avons aucun moyen de déplacement
Nous nous inspirons de ce qu’il y a de bien dans certaines structures de femmes établies sur le territoire national. Nous avons fait pendant les grandes vacances de 2010, un voyage d’études sur Grand Bassam avec une association de femmes à l’occasion d’une formation organisée par la CTAIL d’Abengourou. Nous y avons fait des tournées pendant deux jours au sein des associations membres de cette fédération. Ces structures prennent en charge les OEV alors dans ce domaine, la FEMFECA n’est pas bien outillé et cela été un voyage très enrichissant.
Notre satisfaction
La mise en place d’une caisse de solidarité au sein de la fédération. Nous avons 09 caisses qui marchent très bien. Les femmes doivent se soutenir et nous essayons de lesemmener à se prendre en charge.. Un montant de base allant de 5.000 FCFA à 10.000 FCFA est fixé et dans chaque caisse, il y a 10 femmes : elles cotisent et chaque mois, il y a une femme qui est aidée soit pour démarrer ou soit pour agrandir son activité. Lorsque toutes ces femmes auront pris chacune à leur tour leur fonds, nous faisons une activité commune à chaque groupe de femmes comme la location de bâches, de chaises, etc.
Je vois qu’au niveau des femmes et surtout au niveau des jeunes filles, il y a une prise de conscience. Nous revenons de loin puisqu’au départ, les femmes minimisaient l’existence même du VIH/sida. Nos rencontres leur ont permis de savoir que le fait même de ne pouvoir prendre de décisions dans leur vie les exposait encore plus à la maladie. Elles ont compris que malgré leur statut de femme, elles peuvent discuter avec leur partenaire et sensibiliser leurs enfants. Les membres qui sont séropositives ont le moral haut et continuent de mener leurs activités malgré leur statut.
Ce sont les éducatrices de pairs qui réfèrent les femmes séropositives (qui les approchent) aux centres de santé pour leur prise en charge médicale lorsqu’elles ne veulent pas intégrer un groupe d’autosupport. C’est dans ce cadre que nous avons eu le programme « supergo » de JHU/CCP.
Aussi, notre satisfaction vient du siège de la FEMFECA qui a été entièrement construit par les femmes et inauguré en septembre 2010.
Mon souhait
Que les femmes prennent conscience qu’elles doivent se prendre en charge afin d’aider leur époux, leur proches. Elles doivent savoir que l’union fait la force et c’est dans cette optique que nous avons créé la fédération.
Notre souhait est également que notre champ communautaire soit étendu à d’autres cultures telles que le riz, le maïs, etc. et que nous puissions faire des cultures de contre saison car nous voulons avoir toutes sortes de vivriers à n’importe quelle saison de l’année
La transformation de notre production tomate et le manioc est aussi notre défi. Nos avons la technique pour conserver la tomate fraiche sur deux à trois mois, mais ce sont les financements que nous cherchons pour que par exemple, les femmes séropositives puissent se prendre en charge.
Nous profitons de cette lucarne pour remercier tous nos partenaires pour l’aide qu’ils nous apportent. Qu’ils continuent de nous soutenir car nous ne les décevrons pas.