Moi, c’est K. F. Je me suis mariée à un homme qui, au début de notre mariage, avais du zona à répétition et malgré mes interrogations, il m’a fait croire que c’est une maladie appelée en Dioula « Soubagadadji ». Mais je savais que c’étaient des signes de maladies opportunistes liés au VIH/sida.
J’avais deux coépouses. Il avait même une syphilis qu’il trainait depuis très longtemps et partait se faire soigner à l’ONG Renaissance Santé Bouaké (RSB)C’est ainsi que pendant nos rapports sexuels, je demandais à mon mari d’utiliser le préservatif avec moi et avec les deux autres épouses. Il trainait des IST qu’il attrapait lors de ses voyages car il est camionneur. Mon mari refusait les préservatifs, et savez-vous que dans la religion musulmane, lorsque la femme se refuse à son mari, cela pourrait avoir un impact négatif sur les enfants ? Lorsque je refusais d’avoir des rapports sexuels non protégés avec lui, il racontait à mes parents que je le refuse au lit. Ceux-ci ne connaissant pas les raisons de mon attitude prenait partie pour lui et me poussait à agir selon sa volonté, ce que j’acceptais finalement.
J’ai donc essayé de convaincre mes coépouses pour qu’on aille toutes les trois ensemble faire notre test de dépistage. Malgré les signes de maladies opportunistes qu’elles avaient, elles ont refusé de se soumettre à ce test. Le deuxième épouse m’a fait savoir qu’elle n’était pas séropositive et expliquait sont état par le fait qu’elle s’asseyait beaucoup en tant que coiffeuse/tresseuse qu’elle avait eu des « plaies de ventre ». Je crois qu’elle était séropositive et le savait parce qu’elle fait des fausses couches à répétition et qu’au cours de ses grossesses, on la faisait partir à Abidjan pour suivre un traitement.
La première coépouse ne voulait peut être pas entendre parler de cette maladie mais prenais quand en cachette certains médicaments. Elles sont actuellement toutes les deux décédées par ignorance ou par refus d’accepter de la réalité en face. Je pense que toutes les deux connaissaient leur statut et vue leur état de santé, la famille murmurait…
C’est après le décès de l’une de mes coépouses, que mon frère jumeau, qui est mon confident, m’a fait remarquer que ma liaison avec mon mari avait assez duré et qu’il fallait que je fasse mon test. Je suis allée faire mon test de dépistage du VIH. Les résultats étaient négatifs. Trois mois après, je suis allée refaire le test et j’étais toujours séronégative. Je me suis dite alors que je peux faire un enfant.
Pendant la grossesse, j’ai fait un autre test de dépistage et contre toute attente, j’ai été déclarée séropositive. Dans le temps, il n’y avait pas de prophylaxie prénatale et il n’y avait pas encore les conseils pour la PTME à Bouaké. J’ai confié mon statut à mon frère jumeau parce que c’est dans mon mariage que j’ai été infectée.
J’ai eu deux enfants et mon frère m’a demandée de faire le test de mes deux enfants. Le premier, un garçon, était positif mais celui de sa petite sœur était négatif et j’ai automatiquement sevré la petite. Chaque mois, nous nous rendions à Abidjan pour le contrôle et recevoir les médicaments pendant un an.
Après un an de traitement, j’ai finalement pu convaincre mon mari de faire son test qui s’est avéré séropositif et il a été mis sous Cotrimoxazole. Mais il ne les prenait pas régulièrement parce qu’il n’était pas toujours là, vu sa profession de convoyeur à travers les pays limitrophes. Lorsqu’il revenait, il rechutait.
Après des renseignements sur la prise en charge des OEV, nous sommes allés au Centre S.A.S. de Bouaké dans l’espoir que mes deux enfants soient pris en charge et c’est ce qui a été fait.
Mon mari et moi ne vivons plus ensemble car je rentrée en famille, ne pouvant plus supporter son entêtement d’avoir des rapports non protégés. Il fallait chaque fois lui demander de prendre le préservatif. Il pouvait aller en voyage pour trois ou six mois. Avec mes prises de médicaments, mon taux de CD4 augmentait ; mais ce taux baissait dès son retour de voyage. Quand je lui faisais la remarque, il se mettait en colère et me battait. Finalement, j’ai expliqué l’affaire aux Imams : j’ai dit que je voulais vivre pour mes enfants car mes coépouses sont toutes les deux décédées.
Actuellement, je suis secrétaire dans une ONG de lutte contre le VIH/sida où, franchement je me sens en famille. Et quand je pense que par mon témoignage je peux aider d’autres personnes, ça me soulage car beaucoup de personnes ne croient pas en l’existence du sida.
Pour le moment je n’envisage pas de me remarier quand bien même certains hommes me courtisent malgré que je leur dise que je suis séropositive. Mais, je ne veux plus revivre la même situation que dans mon mariage.
Pour les personnes séropositives, je leur dirai que nous devons préserver notre santé et celle des autres. Il faut accepter sa sérologie afin de pouvoir l’annoncer aux autres et les mettre en garde contre toute infection. Un séropositif, ne doit pas se décourager car il peut vivre aussi longtemps que Dieu le voudra et bien se porter en suivant des conseils car les ARV sont disponibles et gratuits.
Les personnes séronégatives doivent supporter celles qui sont séropositives. Tout peut arriver du jour au lendemain : on peut être bien portant aujourd’hui et être infecté demain.