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LEXIQUE DU VIH/SIDA EN LANGUES NATIONALES


Depuis d’apparition de l’épidémie du Sida, de nombreuses stratégies de lutte ont été mise en place, au rang desquelles la sensibilisation occupe une place importante. Le lexique du VIH en langues nationales mis au point par le Réseau des Professionnels des Médias des Arts et des Sports engagés dans la lutte contre le Sida et les autres pandémies en Côte d’voire (REPMASCI) constitue une approche innovante. Pour en savoir un peu plus sur ce lexique, nous avons rencontré deux acteurs clés de ce projet, M. Bamba Youssouf et M. Ban Kouassi Yéboua.

 

M. Bamba Youssouf est journaliste de profession et Président du Conseil d’Administration (PCA) du Réseau des Professionnels des Médias des Arts et des Sports engagés dans la lutte contre le Sida et les autres pandémies en Côte d’voire (REPMASCI), maître d’œuvre du lexique en langues nationales.


M. le Président, pouvez-vous nous présenter le lexique de lutte contre le VIH/sida en langues nationales ?
Le lexique de lutte contre le VIH en langues nationales est un outil de sensibilisation destiné au milieu rural, en particulier les populations analphabètes. A travers les tournées de sensibilisation que nous avons effectuées sur presque toute l’étendue de la Côte d’Ivoire, nous nous sommes rendu compte que les communautés comprenaient difficilement les messages de sensibilisation des structures de lutte contre le VIH/sida qui sont faits en français. Cela nous a amené à réfléchir afin de trouver des mots qui puissent toucher véritablement les populations rurales à qui l’information ne parvient pas toujours. Ces populations sont aussi très vulnérables surtout avec les problèmes de sorcellerie, d’excision, les traditions comme le lévirat ou le sororat, etc qui font parti de leur milieu, de leur culture. Cet outil nous sert aujourd’hui d’instrument de sensibilisation dans plusieurs villages de Côte d'Ivoire dans le cadre du projet PEPFAR/ANADER.


Comment est né ce lexique ?
Nous avons répertoriés les mots couramment utilisés en français pour les sensibilisations de lutte contre le sida et lancé le concours en 18 langues à toutes les personnes d’âge et de classes sociales différentes, désireuses de participer et maitrisant parfaitement leur patois. Nous avons eu près de 500 candidats. Ce sont finalement 16 langues qui ont été validées avec la collaboration de l’Institut de Langues Appliquées (ILA), un institut de référence en Afrique et sous l’autorité du Professeur DEDI SERY, président du jury. Les résultats ont été proclamés en septembre 2004 au cours d’un gala présidé par la Première Dame de Côte d’Ivoire, Mme Simone EHIVET GBAGBO.


Vous mettez en œuvre ce lexique avec l’ANADER et d’autres structures, comment cela se passe-t-il sur le terrain ?
Vous me donnez l’occasion de remercier l’Agence Nationale d’Appui au Développement Rural (ANADER). Au départ, nous avons élaboré ce lexique, mais n’avions pas les moyens de le mettre en œuvre. C’est ainsi que nous avons soumis ce lexique à l’ANADER qui est présent dans le pays et dont les agents sont beaucoup écoutés par les populations rurales afin d’améliorer leurs productions agricoles. Cette structure instruit également ces mêmes populations sur leurs problèmes de santé et ce lexique est venu à point nommé. En fait, dans le cadre du projet PEPFAR/ANADER qui inclue des activités de lutte contre le VIH/sida, l’ANADER a donné le volet sensibilisation au REPMASCI qui avait élaboré le lexique. Et c’est sur cette base que le projet est mené sous forme de caravane. Dans le consortium des partenaires de l’ANADER pour ce même projet, en plus de nous, il y a Population Service International (PSI) qui intervient pour le volet dépistage et ACONDA qui intervient dans le volet prise en charge médicale.


Comment est composée l’équipe de sensibilisation d’une caravane?
L’équipe comprend six (06) personnes, à savoir, un animateur, trois conseillers communautaires résidant dans la localité, un technicien et un chauffeur. Cette équipe est souvent renforcée dans certaines régions par un artiste musicien ou comédien membre du REPMASCI. Cet apport draine beaucoup plus de foule, ce qui fait une mobilisation supplémentaire.


Les populations rurales sont-elles réceptives à votre message ?
Vu l’enthousiasme des populations au cours des séances de sensibilisation, des sollicitations venant d’autres régions non sélectionnées dans le projet, nous pouvons dire que les populations sont réceptives à notre message. Pour les sensibiliser, nous utilisons des items non choquants qui concernent leur milieu, leurs valeurs culturelles pour leur faire comprendre le message. Alors que vous savez que le VIH/sida est un sujet très lié à la sexualité qui est encore tabou sous nos tropiques.
Nous signalons qu’avec cette campagne en langues nationales faite dans les régions, les populations nous font comprendre qu’elles ont une autre vision du VIH/sida et sont plus enthousiastes à faire le test de dépistage. Alors que nous savons tous que le dépistage est la porte d’entrée aux services de prise en charge et de prévention pour une lutte plus efficace et efficiente.


Les zones Centre Nord et Ouest (CNO) bénéficient-elles de cette campagne ?
Les langues utilisées dans le cadre de cette campagne sont l’agni, le baoulé, le bété, le gouro, le kroumen, l’abron, l’ébrié, l’adioukrou, l’abbey, l’abouré, le lobi, le wè, l’attié le dan, le sénoufo et le malinké. Les trois dernières citées sont des langues parlées dans les zones CNO qui pour l’instant n’ont pas encore bénéficié de cette campagne. Mais avec la pacification progressive du pays et si le financement le permet, la campagne s’étendra dans ces zones.


Où peut-on se procurer ce lexique ?
Pour l’instant, les populations ne peuvent se procurer le lexique puisque nous n’avons que des spécimens avec lesquels nous travaillons. Nous lançons un appel aux partenaires au développement pour qu’il soit édité en milliers d’exemplaires pour que les populations puissent s’en procurer et prendre véritablement connaissance du contenu afin de bouter le VIH/sida hors de notre pays dans toutes les composantes de la population. C’est aussi un outil de revalorisation de notre patrimoine commun : nos langues nationales.

 


M. Ban Kouassi Yéboua est enseignant de profession, présentateur en langue nationale Abron, conseiller du Président de l’Association des présentateurs en langues nationales et chargé de programmes dans le cadre du projet PEPFAR/ANADER.