En 2002, j’apprenais la couture, mais j’avais quelques informations vagues sur test de dépistage du VIH. Il a fallu un ami militaire pour nous motiver, une amie et moi à faire notre test de dépistage. C’est ainsi que nous nous sommes décidées un jour à aller dans un centre de dépistage par pure curiosité.
A l’annonce de nos résultats j’ai appris que j’étais séropositive, par contre, mon amie séronégative. L’annonce de mon résultat m’a tétanisée mais puisque je n’étais pas seule, je me suis empêchée de pleurer. Le conseiller m’a donnée une carte sur laquelle il a marqué que j’étais séronégative pour faire croire à mon amie que mon résultat était négatif, ensuite il m’a discrètement demandé de revenir seule le lendemain.
En rentrant à la maison, je m’interrogeais sur la manière d’informer mon petit ami : je savais qu’il était séronégatif du moment où il était donneur de sang. Nous continuions notre relation parce que je n’avais pas eu le courage de lui annoncer mon résultat. Malheureusement, nous ne sommes pas restés longtemps ensemble car deux mois après lorsque la crise politique de 2002 a éclaté et il est allé au village et moi je suis restée ici à Bouaké. Nous nous sommes ainsi séparés.
Pendant la crise, je prenais mes soins au CHU, puis, on m’a référée au Centre S.A.S. De là bas, je me suis retrouvée dans l’ONG de personnes vivant avec le VIH, Bouaké Eveil, où de nombreuses autres personnes étaient dans mon cas. Cela m’a beaucoup fait de bien de fréquenter cet endroit car les responsables de cette structure m’ont beaucoup soutenu.
Deux ans après mon entrée à Bouaké Eveil, c'est-à-dire, en 2004, j’ai connu un homme qui me voulait pour épouse. Je ne pouvais lui avouer ma sérologie et je suis passée par des stratagèmes pour avoir sa position sur les PVVIH. Il m’a démontré par ses dires et son comportement que cela ne l’empêchera pas de se mettre avec une femme séropositive qu’il aime. Je lui ai fait part de mon statut au moment de notre mariage coutumier. Il m’a acceptée, nous nous sommes mariés mais nous avions toujours eu des rapports sexuels protégés.
Mon mari désirait tellement un enfant que j’ai décidé d’en parler aux médecins. Je ne voulais plus faire d’enfant car j’en avais déjà eu un (01) quand j’étais plus jeune. De plus, malgré les conseils, je craignais de mettre au monde un enfant infecté. Nos familles respectives disaient que nous sommes mariés, donc nous avons besoin de faire au moins un enfant pour consolider notre amour puisque cela faisait plus de quatre (04) que nous étions en ménage sans enfant. Nos familles ne savaient pas mon statut ; mais avec le soutien de mon mari, j’ai décidé de faire un enfant.
Je me suis rendue à l’hôpital et les médecins ont fait le bilan de mon état de santé pour voir mon taux de CD4 et la période propice pour avoir un enfant. Ils ont convoqué mon mari pour lui expliquer les procédures à suivre, mais il a refusé de répondre, prétextant que personne d’autre que lui ne peut décider de comment et quand il peut avoir un enfant. C’était risqué, mais malgré mes craintes, il a maintenu sa position en décidant de suivre mon cycle menstruel et avons eu des rapports sexuels non protégés dans ma période d’ovulation et je me suis retrouvée enceinte deux mois après.
Pendant ma grossesse, mon mari a fait son test qui s’est avéré négatif. Trois mois après il a refait le test et c’était toujours négatif. Mais tout le long de la grossesse, nous avions des rapports protégés. Je suivais les soins de Prévention de la Transmission du VIH de la Mère à l’Enfant au centre de santé. Le bébé, un garçon, a actuellement deux ans et son premier test à 06 mois était négatif. A un an, j’ai refait un autre test au bébé et le résultat est toujours négatif.
Quand le bébé est né j’avais décidé de le nourrir au sein. Mais il refusait le sein. Nous sommes allés au Centre S.A.S. qui m’aidait dans une certaine mesure avec du lait artificiel. Maintenant, je varie son alimentation.
En dehors de mon mari, seul mon père sait que je suis séropositive. Souvent, j’interroge mes petites sœurs pour savoir ce qu’elles feraient si elles apprenaient que dans la famille il y a quelqu’un de séropositif, mais elles restent imprécises. Je leur donne quand même des conseils d’usage, c'est-à-dire, qu’elles peuvent tout faire avec cette personne sauf partager certains objets tranchant et coupant.
J’ai l’esprit positif aujourd’hui car je suis engagée dans la lutte contre le VIH/sida en tant que conseillère à Bouaké Eveil et j’ai un beau bébé sain. Dans le cadre de mon travail, quand je vois l’état de certaines personnes qui viennent me rencontrer pour la première fois pour un soutien psycho social, trois mois après les prestations, je suis fière de les retrouver dans un état bien. Je fais aussi le suivi dans les familles. Je me sens utile et je prie Dieu que le remède soit vite trouvé. Il faut que les gens retiennent que les PVVIH sont des personnes comme les autres.