
La découverte de mon statut sérologique remonte à l’année 2004, suite à un deuxième accouchement compliqué. J’avais perdu beaucoup de sang et vu mon état très faible, le personnel médical a fait une transfusion sanguine, mais avant cela, ils m’ont conseillé de faire le test de dépistage du VIH.
Ce test s’est avéré positif. Je m’attendais plus ou moins à cela puisque depuis ma première grossesse, j’avais une santé précaire et j’avais certains signes évocateurs du sida.
Je voulais partager mon statut avec des membres de ma famille qui vivaient à Abidjan. Mon père est atteint d’hypertension artérielle et sur les 6 enfants de ma famille, je suis la seule qui avait un travail stable. J’ai finalement partagé mon statut avec ma grande sœur et mon grand frère. Je l’ai fait parce qu’ils s’inquiétaient beaucoup pour moi lorsque je venais à Abidjan. Je quittais très tôt Yopougon, vers 05 h du matin pour l’USAC au CHU de Treichville prendre mes médicaments. Mon frère voulait toujours m’accompagner ; en plus, c’était nouveau pour eux car je venais à Abidjan trois fois par mois alors que je vivais avec mon mari à Bouaké. J’ai donc préféré leur avouer mon état et actuellement, ils me sont d’un soutien incommensurable.
J’ai ensuite avoué mon statut à mon mari qui a également fait le test. Il a été déclaré séropositif et actuellement sous ARV. Mais lui, n’accepte pas de partager son statut avec d’autres personnes. On a fait le test de notre première fille qui s’est avéré également positif.
Au niveau de mon travail de conseillère communautaire, ma grande peine vient des enfants séropositifs. En effet, mon travail est axé sur les OEV. Quand je vois que malgré tous les soins apportés, un enfant meurt, j’ai le cœur meurtri. Quand il y a un manque, quel qu’il soit, pour un OEV, lorsque je rentre à la maison, je n’arrive pas à dormir. J’ai souvent le moral à zéro. Peut être que c’est parce que ma fille de 8 ans est séropositive…
Mon mari travaillant dans une autre ville, mon grand frère vit actuellement avec nous. Il est en quelque sorte notre « ange gardien » pour ma fille et moi. Il surveille nos heures de prise de médicaments et notre état de santé. C’est très important d’avoir ce genre de soutien qui fait qu’un séropositif se sent comme tout autre malade.
Mes collègues sont formidables, en particulier ma directrice et ses plus proches collaborateurs qui me remontent le moral. Elles savent comment me redonner du punch dans mon travail.
Après ce pénible accouchement pendant lequel j’ai découvert ma sérologie, j’ai eu des problèmes pour avoir d’autres grossesses. Je croyais que cela était dû aux ARV ou au VIH. Mais après des examens gynécologiques, il s’est avéré que c’était seulement mes trompes qui étaient « bouchées ». Les traitements ont fait qu’actuellement, je porte une grossesse. J’ai une formation en aide soignante et mon mari m’a épousé légalement en 2006, malgré la découverte de notre statut en 2004. Pour moi, c’est la preuve qu’on peut être séropositif et mener une vie normale.
Concernant l’évolution de la science pour éradiquer cette maladie, les efforts doivent être redoublés au niveau de la recherche pour les médicaments, surtout pour les enfants : ce n’est pas facile pour un enfant de prendre des comprimés tous les jours. C’est vraiment pénible pour eux. Il faut être en contact permanent avec eux pour le comprendre. Il faut absolument multiplier et vulgariser la forme sirop des ARV. J’ai beaucoup d’espoir en Dieu, en la vie et en la recherche médicale pour canaliser cette pandémie qui fait beaucoup de victimes.