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Témoignages

ACTIVITE GENERATRICE DE REVENUS ET VIH/sida

ACTIVITE GENERATRICE DE REVENUS ET VIH/sida

34 millions de  personnes vivent avec le VIH en fin 2010 (ONUSIDA) à travers le monde dont 23 millions en Afrique subsaharienne. La Côte d’Ivoire avec une prévalence de 3.9% (ONUSIDA, 2010) est le pays le plus touché par la pandémie du VIH/sida en Afrique de l’Ouest.

L’impact du VIH/sida sur les populations

Plus qu’un problème de santé publique, la pandémie du VIH/sida qui est devenu un problème de développement a eu pour conséquence de multiplier les personnes en situation difficile notamment, des malades qui ont besoin de ressources pour financer leur traitement ; les veuves qui se sont retrouvées avec des enfants à bas âge; certaines personnes qui se sont retrouvées au chômage du fait de la maladie, des familles qui prennent en charge des orphelins et même des enfants qui se retrouvent chefs de famille.
En effet, l’impact sur les enfants est  considérable avec 430 000 (ONUSIDA, 2010), entrainant une explosion du nombre d’Orphelins et enfants vulnérables du fait du VIH.  Toutes ces conséquences, si on y ajoute la stigmatisation et de la discrimination, crées  un  dysfonctionnement dans le circuit  de prise en charge; une mise à mal des droits fondamentaux (santé, éducation, nutrition, protection) et une vulnérabilité à tous les niveaux (psychoaffective, juridique, sociale, économique, etc.).
Vu l’importance de ces conséquences, le développement d’Activités Génératrices de Revenus (AGR) par des populations en difficulté afin d’améliorer leur situation et retrouver leur dignité est essentiel.

L’importance des Activités Génératrice de Revenus dans la lutte contre le VIH/sida
Les AGR sont  destinées  à produire des biens ou services, et/ou à transformer des produits en vue de les vendre pour générer des bénéfices.   Elles permettent aux bénéficiaires et personnes malades d’avoir un équilibre psychologique et une bonne réinsertion sociale.
La stratégie à travers les activités génératrices de revenus impliquant directement les pauvres dans la création et la répartition du revenu est une des conditions fondamentales pour le développement économique et pour l’éradication de la pandémie du VIH/sida. Cela entraine la réduction des charges de la communauté, la réduction des charges de l’Etat (coût des prestations, prise en charge, nombre de décès dus aux VIH) et la réduction du chômage/pauvreté. C’est donner aux populations concernées, des moyens de subvenir à leurs besoins à travers la création d’emplois.

Les populations concernées (bénéficiaires) par les activités génératrices de revenus sont les hommes et/ou femmes infectés et/ou affectées par le VIH, les associations ou groupements soutenant des personnes infectés et/ou affectées par le VIH, les ONG apportant des soutiens aux personnes infectées et/ou affectées par le VIH.
Aussi, les structures de financement de ces projets sont de plusieurs sortes : étatique, ONG, partenaires au développement. Les mécanismes et conditions d’éligibilité varient d’une structure à une autre et répondent à certaines conditions, à savoir, la  population cible, les entités formelles, la viabilité du projet, la participation du bénéficiaire et l’engagement de celui-ci à compléter le montage financier.
Les expériences de terrain recueillies à travers certaines structures démontrent quelques difficultés que les bénéficiaires rencontrent dans la mise en œuvre de leur projet. Mais, comme toutes activités économiques obéissant aux lois du marché, ces projets doivent être rentables et pérennes. Cela passe par le transfert des compétences, c'est-à-dire, assurer une formation humaine et locale de qualité dans les différents domaines de la santé, de l’éducation, l’épargne et le crédit.

Expériences de quelques pays africains

Le mode de financement des AGR diffèrent d’un pays à un autre. Pour exemple : au Tchad la stratégie nationale de lutte contre le SIDA prévoit l’appui au développement d’activités génératrices de revenus ; l’accompagnement global des personnes vivant avec le VIH SIDA (PvVIH) a beaucoup progressé depuis deux ans, grâce à des associations dynamiques. Certaines associations ont déjà en 2005, reçu une aide du FOSAP (des fonds de la Banque Mondiale et du Fonds mondial). L’assistant social a alors identifié 24 personnes suivies au Centre et les a regroupées par quartier pour leur donner quelques notions de gestion. Puis les personnes elles-mêmes ont choisi chacune leur activité en fonction de leurs compétences et de leur connaissance du marché. Le suivi est assuré par L’assistant social  qui passe régulièrement chez chacun voir où il en est et recevoir les remboursements.
Au Burkina, l’UNICEF a signé avec la Délégation Camillienne (Centre Médical Saint Camille qui est l’un de principaux pôles de la santé maternelle et infantile de Ouagadougou) un accord pour un financement de 50 millions de FCFA. Ce financement a permis d’assurer un appui économique et social par le développement d’activités génératrices de revenus à 200 ménages et apporter un soutien scolaire à 500 enfants. L’appui de l’UNICEF a ainsi permis au centre médical St Camille d’aider certains ménages à se doter de matériel pour la conservation des médicaments à domicile.
Au Sénégal, SIDA Service a développé une série d'activités génératrices de revenus à Dakar pour aider les gens à devenir financièrement indépendant pour leur alimentation, l’achat des médicaments, et pour les aider à soutenir l'éducation de leurs enfants. Les candidats retenus reçoivent une formation en gestion de trois jours care que la plupart n'ont aucune idée de comment gérer les fonds. Un travailleur social est chargé de superviser un projet de tout le chemin de l'achat des activités à la vente finale.
En Haiti, un produit financier spécifique a été créé par ACME (Association pour la Coopération with La Micro Entreprise) pour les femmes vulnérables. Le programme haïtien est dirigé par le GHESKIO (Groupe haïtien d'étude du sarcome de Kaposi et des Infections Opportunistes). L'ACME est, l'un des programmes les plus importants donnant un accès préférentiel au microcrédit pour les femmes vivant avec le VIH.
Plus proche de nous
Le Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, à travers le Programme National de prise en charge des Orphelins et autres enfants rendus vulnérables du fait du VIH/sida (PNOEV) a établit un guide national de bonnes pratiques pour la mise en œuvre d’AGR en direction des OEV et de leurs familles. Ce guide vise à fournir aux différents acteurs (partenaires au développement, ONG, communautés et bénéficiaires), une ligne de conduite dans la mise en œuvre d’AGR. Ce guide trace donc les sillons de ce qu’il est souhaitable de faire pour pérenniser toute AGR afin de garantir une qualité de vie aux bénéficiaires.


En plus de ces exemples, nous avons rencontré deux acteurs plus proches de nous, en Côte d’Ivoire, qui partageront leurs expériences en matière de financement d’activités génératrices de revenus dans le domaine du VIH/sida; une étatique, le Fonds National de Lutte contre le Sida et une ONG, Ruban Rouge. Ces échanges seront soutenus par le témoignage dune PVVIH ayant bénéficié d’un financement.

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Interview avec la Directrice du FNLS
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Mme la Directrice du Fonds National de Lutte contre le Sida, Pouvez-vous nous présenter votre structure ?

Le Fonds National de Lutte contre le sida (FNLS) est un Etablissement Public National à caractère Administratif (EPA) créé par décret n° 2004-498 du 21 septembre 2004. Il a pour objectif principal de contribuer à la réduction de l'impact du sida en Côte d'Ivoire par la mobilisation de ressources et le financement des activités de lutte. Cette structure a deux (02) missions essentielles qui sont de mobiliser, au plan national et international, des ressources additionnelles, tant publiques que privées, pour le financement des activités de lutte contre le sida en Côte d'Ivoire et d’organiser et développer toute activité nécessaire à l'accomplissement de son objet.

Quelles sont les conditions à remplir pour bénéficier de votre financement ?

Notre financement est un  soutien socio économique aux Personnes affectées et/ou infectées par le VIH (PIAVIH), démunies et en situation d’indigence, sous la forme d’Activité génératrice de revenus (AGR). Ce financement a pour objectif principal de rehausser le degré d’autonomie financière de ces PIAVIH indigentes.
Pour en bénéficier, il faut soumettre une demande d’aide (formulaire disponible). Cette demande d’aide est portée par une ONG de lutte contre le VIH/sida, qui a l’agrément du Ministère de l’Intérieur et celui de la Santé et la Lutte contre le Sida. Cette ONG a la responsabilité du suivi des PIAVIH dont les dossiers seront retenus. Ce formulaire est dûment rempli par un assistant social en service dans le centre social qui accueille le demandeur.  Après cela, le dossier est examiné par les assistants sociaux du FNLS.
Les informations portées sur le formulaire de demande d’aide sont cotées et la somme des côtes  détermine un score permettant d’estimer le degré d’indigence.
    Une enquête de vérification des informations est ensuite faite sur le terrain par les assistants sociaux du Fonds National de Lutte contre le Sida.
    La faisabilité et la rentabilité des microprojets proposés sont analysées et des modifications sont apportées en cas de besoin
•    Lorsque la demande est définitivement retenue, un chèque portant le montant de l’aide demandée est remis directement au bénéficiaire sous la supervision de l’ONG tutrice qui reçoit elle aussi, un chèque au montant de la subvention dont elle bénéficie, pour assurer un suivi efficace du bénéficiaire
•    Pour ce qui concerne le suivi de la mise en œuvre de ces AGR, ce sont les ONG tutrices  qui sont chargées d’assurer la supervision directe de leur bénéficiaire.

    La  Sous-direction du  Suivi et de l’Evaluation du FNLS contrôle, supervise et évalue régulièrement  la qualité du suivi des ONG tutrices  et la santé économique des microprojets mis en œuvre par les bénéficiaires.

Pouvez-vous nous partager quelques résultats probants ?
Plusieurs types d’activités ont été financés depuis  4 ans. Les expériences les plus édifiantes sont celles de la micro entreprise de location de chaises portées par l’ONG COEFEBA à Bassam qui a permit l’insertion socio économique de 15 femmes, l’exploitation d’une ferme avicole tenue par une dizaine de PIAVIH à Aboisso sous la supervision de l’ONG Lumière Action Santé d’Aboisso, et celle de 20 PIAVIH à Bouaké également dans l’exploitation d’une ferme avicole. Ces deux dernières structures étaient placée sous la supervision de l’Agence Nationale de Développement Rurale (ANADER) qui forme ces PIAVIH aux techniques d’élevage de poulets, ajoutée d’une formation en comptabilité simplifiée. Ces activités connaissent  un succès remarquable qui a permis l’épanouissement des bénéficiaires.
De nombreux autres bénéficiaires à titre individuel ont assuré une bonne gestion de leur microprojet et se sont ainsi réinsérés  dans le tissu social et économique.
    Cependant, nous rencontrons beaucoup de difficultés ; entre autres, le manque de sérieux de certains bénéficiaires  qui disparaissent sans aucune adresse dès la réception des  financements.
    Il y a également le fait que certaines ONG tutrices demandent  une quote-part dans les financements reçus par les bénéficiaires dont elles ont porté le dossier.
    Aussi, il y a l’insuffisance, pour le FNLS,  de personnel et de ressources financières  pour assurer un suivi de proximité efficace de l’ensemble des bénéficiaires.
Les leçons apprises
Nous en avons apprises plusieurs, notamment :
-    que la crédibilité des PIAVIH et des ONG tutrices n’est pas toujours certaine.
-    qu’il faut procéder à des décaissements progressifs des financements après vérification des acquis, afin de maintenir le contact avec les bénéficiaires.
-    que le suivi permet de mieux guider les bénéficiaires qui sont encouragés à épargner une partie de leurs bénéfices pour faire face à des éventuelles baisses de régime de leur microprojet.

    Ce procédé favorise la pérennisation de l’activité en permettant aux  usagers devenus clients d’un établissement d’épargne, de bénéficier de prêts pour l’extension de leur activité.

Quelques suggestions ?
Avant toutes choses, nous recommandons aux PIAVIH désireuses de bénéficier d’une aide financière du FNLS de se faire identifier dans un centre social proche de son lieu d’habitation et auprès d’une ONG intervenant dans le domaine de  la lutte contre le sida.

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Interview avec la Directrice exécutive de RUBAN ROUGE

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L’Organisation non gouvernementale Ruban Rouge Côte d’Ivoire est une ONG à but non lucratif qui intervient dans le domaine de la lutte contre le VIH/sida et les autres pandémies. Elle existe depuis juin 1994. Son siège se trouve à Yopougon Sogefia solic 2. Son domaine d’activité est la prévention, la prise en charge des Personnes vivant avec le VIH, la création d’activités génératrices de revenus et la formation du personnel d’entreprise aux IST/VIH/sida au travers de la prévention au Centre de documentation et d’information sur les Ist/VIh/sida à Abidjan, Abengourou et Duékoué ; la prise en charge (Centre Plus de Yopougon) et les AGR (Kpot Kiosq à Adjamé et Yopougon) et un Cabinet de formation (au siège).

Quelles sont les conditions à remplir pour bénéficier de votre financement ?

Les Activités Génératrices de Revenus que nous finançons sont inclus dans les différents projets soumis lors des appels à projet.

Nous proposons  ces AGR généralement aux personnes Vivant avec le VIH qui sont de condition sociale très précaires,  présentant des difficultés financières pour se nourrir ainsi que leur famille à charge et payer les médicaments des maladies opportunistes.....

Pouvez-vous nous partager quelques résultats probants ?

Certaines AGR ont permit d’assurer la scolarité des orphelins ou enfants rendus vulnérables du fait du VIH, la prise en charge nutritionnelle et alimentaire des familles, sans oublier la prise en charge médicale…

Nous rappelons que la majorité des AGR financée par RUBAN ROUGE a été gérée entièrement par le bénéficiaire lui-même. Cependant, avant tout financement, les potentiels bénéficiaires de projets bénéficient d’une formation en gestion de micro projet. Ruban Rouge ne fait que le suivi du micro projet du bénéficiaire.

Les leçons apprises
Les AGR sont vraiment importantes pour une bonne observance médicale des PVVIH, car on ne peut pas demander à un patient d'être observant :
- lorsqu'il a faim, alors que la prise des médicaments demande de bien se nourrir
- lorsqu'il n'a pas les moyens de faire les examens qui ne sont pas pris en charge gratuitement par l'Etat,
- lorsque par faute de moyens, ses enfants pleurent de faim, et ne sont pas scolarisés.

En conclusion, nous pouvons soutenir que les AGR assurent un bien être psychologique à tout patient déjà affaiblit par la maladie.

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Rencontre avec un bénéficiaire
Dame V.S  est une personne vivant avec le VIH ayant bénéficié  d’un financement pour une activité génératrice de revenus par l’intermédiaire de l’ONG Ruban Rouge CI qui a été le tuteur de fonds pour des bénéficiaires dans le cadre d’un projet.


Quelle est votre activité ?
J’ai bénéficié d’un financement pour la vente de vêtements et autres textiles appelé communément  « friperie » depuis 2006.
Comment collaborez-vous avec votre structure de tutelle, en l’occurrence Ruban Rouge Côte d’Ivoire ?
Après avoir le financement, Ruban Rouge CI est venu constater l’implantation de mon activité sur lieu que j’avais choisi, le local et la quantité de ma marchandise
Quelles sont les leçons apprises ?
Avant de bénéficier de ce financement, notre tutelle nous a formé en gestion de micro finance et en comptabilité simplifiée pour mieux gérer mon activité.  Je suis donc depuis ces années,  indépendante financièrement, ce qui fait ma fierté. Cette activité m’a permit d’améliorer ma qualité de vie puisqu’elle me permet de suivre mon traitement ARV, prendre soin de moi, de ma famille et ma réinsertion sociale.
Comment comptez-vous pérenniser votre activité ?
J’ai bénéficié de ce financement il y a 5 ans de cela, c'est-à-dire, en 2006. Et je continu mon activité qui, jusqu’à aujourd’hui s’est agrandie grâce aux bénéfices et je compte encore l’agrandir.

 

 

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